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SOBRIÉTÉ HEUREUSE

Selon Pierre Rabhi, la sobriété heureuse « implique ce lien mécaniste comme la décroissance (on ne peut prélever plus que l’on a) mais [également] un élément moral et éthique. […] La sobriété implique donc de savoir comment équilibrer la nécessité d’avoir, car nous sommes dans un monde matériel et que nous sommes matériels et qu’il y a des besoins de survie strictement matériels, mais comment faire pour que la dimension intérieure soit aussi nourrie, et non pas occultée, ou bien complètement liée avec des compensations aléatoires qui cherchent à combler un vide qui en fait n’est jamais comblé [1] ». « Question éminemment politique » selon Patrick Viveret, la sobriété heureuse est un concept qui surgit face au constat de la convergence des crises, dans une réflexion sur nos modes de vie, et pour faire en sorte de satisfaire nos besoins en faisant le choix de la simplicité et d’un « art de vivre affranchi de sa boulimie consommatrice [2] », tout en conciliant des exigences de justice sociale et de réduction de notre impact en termes énergétique et environnemental.

[1] Retranscription de la vidéo : Vers la sobriété heureuse, par Pierre Rabhi , mouvement colibris http://www.dailymotion.com/video/xa...

[2] Vive la sobriété heureuse- Avant première de la leçon inaugurale 2009 de Patrick Viveret : http://www.vintagemaster.com/IMG/pd...

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Exemples

Pierre Rabhi donne l’exemple des populations nomades en Afrique qui seraient selon lui dans le respect de ce principe de sobriété heureuse, puisqu’ils « ne transportent pas le superflu [1] ».

[1] Retranscription de la vidéo : Vers la sobriété heureuse, par Pierre Rabhi , mouvement colibris : http://www.dailymotion.com/video/xa...

Définition développée

À l’image de la décroissance, la sobriété heureuse ou simplicité volontaire, s’inscrit en réaction au productivisme et ses conséquences que sont le changement (ou dérèglement) climatique et la dégradation de la biodiversité. Corollaire de cette démarche, la sobriété heureuse s’éloigne donc du consumérisme à outrance, puisque « (…) nous sommes dans une société ou l’abondance et l’insatisfaction vont ensemble [1] », tout en n’écartant pas la recherche d’un confort de vie, qu’il soit matériel ou spirituel. Face à l’hypothèse d’un effondrement développée notamment par Jared Diamond [2], Patrick Viveret affirme qu’ « Il nous faut donc répondre au couple formé par la démesure et le mal être par un autre couple celui de la « sobriété heureuse » formé par l’acceptation des limites et par l’enjeu positif du « bien vivre » (termes du Forum social mondial de Belem) ou ce que les « Dialogues en Humanité » évoquent sous le terme de la construction de politiques et d’économies du mieux être [3] ». D’une certaine manière, on peut dresser des parallèles entre cette notion et les réflexions initiées par Tim Jackson autour de l’idée de prospérité sans croissance ou de Jean Gadrey, autour de l’adieu à la croissance. Précisons toutefois que simplicité volontaire et sobriété heureuse ne riment pas avec la résignation au moins disant et sur tous les plans que la propagande autour de « la crise » (financière) tente d’imposer, notamment par voie de presse.

[1] Retranscription de la vidéo : Vers la sobriété heureuse, par Pierre Rabhi, Mouvement colibris http://www.dailymotion.com/video/xa...

[2] Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, Paris, 2006. Edition originale : Collapse. How Societies Choose to Fail or Succeed, Penguin Books, Londres, 2005

[3] P. Viveret, Vive la sobriété heureuse, Op. cit.

Utilisations et citations

« Pour moi la sobriété, c’est d’abord un bien être réel, un confort : plutôt que de passer ou perdre du temps à courir après de l’argent, je préfère d’abord passer du temps à assumer légitimement mes besoins, répondre à mes besoins propres par moi même, mais libérer du temps pour Être. Le problème d’aujourd’hui est que l’on est dans l’Avoir, indéfini, au détriment de l’Être, or un être humain dans son accomplissement ne peut pas être simplement que dans l’avoir ; et quand il est dans l’avoir, il y a des valeurs qui lui échappent. La joie relève de quelque chose qui est parfois gratuit, qui est donnée aux plus humbles, cette satisfaction d’être, d’être vivant et de ressentir en soi ce souffle de la vie et être relié à cette vie, dans cette satisfaction profonde, morale, qui est quelque chose qui ne s’achète pas mais qui a une valeur essentielle [1]

Patrick Viveret souhaite pour sa part, travailler sur « le terrain de la sobriété du point de vue de l’acceptation d’un certain nombre de limites et de la sortie des logiques de démesure parce que c’est la démesure qui est aussi bien à la racine de la crise écologique que ce soit sous sa forme du dérèglement climatique ou sous sa forme de l’atteinte à la biodiversité, mais c’est aussi la démesure qui est au cœur de l’explosion de l’économie financière et du formidable décalage entre ce qu’il est convenu d’appeler l’économie spéculative par rapport à l’économie réelle. Donc la question de la sobriété c’est la question de la sortie de la démesure. Mais pourquoi heureuse, cette sobriété ? parce que fondamentalement, […] au cœur de cette démesure, il y a du mal-être, du mal de vivre, de la maltraitance et nous avons besoin pour développer des stratégies de transformation positive face à du mal-être et à de la maltraitance de considérer que la question du mieux-être, que la question de l’art de vivre à la bonne heure, n’est pas simplement une question personnelle et privée ou une question qui serait en quelque sorte luxueuse et réservée à nos propres sociétés, c’est une question pleinement politique, pleinement planétaire et on ne peut accepter un certain nombre de limitations que pour autant qu’on a, par ailleurs, des perspectives positives de mieux-être » [2].

[1] Retranscription de la vidéo : Vers la sobriété heureuse, par Pierre Rabhi, Op. Cit.

[2] L’enjeu de la sobriété heureuse, par Patrick Viveret, texte repris intégralement depuis l’enregistrement audio de son intervention à Nantes, 25/09/2008 : http://www.amisdelavie.org/spip.php...

Pour aller plus loin

Références

Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 07/04/2010, 144 pages

Vers la sobriété heureuse, par Pierre Rabhi, Entretien avec François Verlet : http://www.dailymotion.com/video/xa...

Sitographie : Mouvement colibris : http://www.colibris-lemouvement.org/

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