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THINK TANK

L’expression Think tank désigne un groupement de personnes sous forme de laboratoire ou de centre de réflexion, menant un travail de recherche sur des questions économiques, sociales et politiques, etc. L’expression est reprise telle quelle en français, à l’exception de la traduction littérale « réservoir de pensée », ou encore « groupe de réflexion » [1], « boîte à idées » ou encore « laboratoire d’idées ». Les contours de cette notion restent pourtant encore assez flous malgré la banalisation du terme. La référence et le recours aux think tanks sont d’ailleurs plus communs dans la tradition anglo-saxonne qu’elle ne l’est encore en France, même si l’on observe une certaine institutionnalisation du phénomène [2]. Outre le débat d’idées, la question des think tanks ouvre également la réflexion sur le processus de décision démocratique et ses interférences possibles, notamment par le biais de pratiques d’influence sur la décision publique qui s’apparentent au lobbying.

[1] http://www.ritimo.org/dossiers_them...

[2] Les think tanks cherchent en effet à exercer une influence croissante dans la perspective des élections présidentielles : cf. Sophie Dufau, Enquête sur les think tanks : Alors que s’élaborent les programmes de la présidentielle 2012, comment fonctionnent ces clubs à idées politiques ? Dossier Mediapart : http://www.mediapart.fr/dossier/fra...

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Exemples

L’University of Pennsylvania publie un rapport annuel qui recense et classe les think tanks. Elle en dénombrait 6480 dans le monde en 2010 [1]. Parmi ceux qui ont été et restent les artisans de la contre révolution néolibérale, on peut citer la Société du Mont-Pèlerin (crée en 1947 à l’initiative de Friedrich Von Hayek), la Fondation Saint-Simon (dissoute en 1999), L’Institute of Economic Affairs (« the UK’s original free-market think-tank » fondé en 1955), le Cato Institute (libertarien), et plus récemment le Project for the New American Century (PNAC), crée en 1977, dont on retrouvera de nombreux membres dans l’équipe gouvernementale de G.W. Bush, lesquels ont influencé la décision de l’invasion de l’Irak en 2003. En matière de politique étrangère, on trouve aux Etats-Unis le Council of Foreign Relations et la Carnegie Endowment For International Peace, qui sont parmi les plus influents au monde. Pour la France , sur le plan politique, on trouve la Fondapol (crée en 2004, proche de l’UMP), l’IFRAP (très libéral), l’Institut Montaigne (2000), Terra Nova (réputé proche du PS), La République des idées (crée en 2002), Le Cercle La Rochefoucauld (la Société des Ingénieurs Arts & Métiers), l’AFEP (Association Françaises des Entreprises Privées, crée par Ambroise Roux en 1982), la Fondation Jean Jaurès (think tank officiel du PS), la Fondation Gabriel Péri (crée à l’initiative du PCF) ; et sur le volet relations internationales, l’Institut français des relations internationales (IFRI, crée en 1979) et l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS, crée en 1991). Enfin, difficile d’ignorer sur le plan de diffusion des idées d’une économie mondialiste, la Commission Trilatérale crée par Rockefeller et le groupe Bilderberg, qui contrairement aux autres think tanks, prend bien soin de ne pas filtrer le contenu de ses échanges internes, mais fait malgré tout parler de lui du fait de l’importance de la protection dont il se dote autour de sa réunion annuelle.

Citons tout de même certains cercles de réflexion qui s’inscrivent dans la perspective de la transformation sociale, à l’image de la Fondation Copernic [2] ou la Foundation on Economic Trends, un think tank ordonné autour de la personne du prospectiviste Jeremy Rifkin [3].

[1] cf. Penn’s “Global Go To Think Tank Rankings” annual report, 2011, cite sur Wikipédia

[2] née un an après la dissolution de son antithèse, la fondation Saint Simon, cf. Jacques Kergoat, La fin de la fondation Saint-simon : http://www.fondation-copernic.org/s...

[3] cf. site : www.foet.org

Définition développée

Si l’on dénombre des laboratoires d’idées « progressistes » ou qui se réclament de la transformation sociale, il semble important de rappeler que le vocable de think tank ou de « brain boxes » peut historiquement être associé à l’offensive anglo-saxonne engagée au sortir de la seconde guerre mondiale à l’encontre du consensus keynésien, et surtout à partir des années 80, dans l’organisation de la « contre-révolution néolibérale [1] » et la promotion du précepte thatchérien « There is no alternative » (TINA). Or, si l’on considère l’influence décisive de ces derniers dans ce mouvement de pensée, on peut s’interroger sur la manière dont les think tanks parviennent à orienter les programmes politiques, le législateur et les décisions gouvernementales, à la manière d’une « confiscation de la démocratie » que dénoncent Lenglet & Vilain [2]. Selon ces derniers, les think tanks pourraient alors être définis comme « des organismes ad. hoc, avec des financeurs privés qui établissent des stratégies, des priorités pour mener une action en vue de formater le débat public [et] ce formatage du débat public se fait bien souvent de manière conforme aux intérêts d’une classe (liée à la finance, ndlr) ». Ils soulignent que les think tanks s’affichent volontiers là où les pratiques de lobbying cherchent à rester les plus discrètes. [3] Ainsi, si les think tanks se présentent le plus souvent sur le plan juridique sous la forme de fondations ou d’associations, c’est que ces structures présentent une certaine opportunité sur le plan de la défiscalisation des dons [4]. Les think tanks mettent ainsi en avant leur indépendance par rapport à l’État mais comptent pourtant sur l’appui de mécènes privés. On retrouve d’ailleurs parfois les mêmes financeurs chez des think tank réputés éloignés idéologiquement, ce qui explique, selon Vilain & Lenglet, qu’ils « affichent des nuances savamment entretenues mais restent d’accord sur l’essentiel », à savoir pour les plus dominants, la libéralisation et le retrait de l’État de l’économie. Et Lenglet de préciser : « La réflexion sur les think tanks permet de remonter le fil de la pensée unique [là où] le déterminant essentiel reste l’argent dans un monde où la corruptibilité est fort prégnante ». L’existence de la Commission trilatérale ou du groupe Bilderberg sont parmi les exemples les plus manifestes à ce sujet (voir exemples).

[1] Keith Dixon, Les évangélistes du marché, Raisons d’Agir éditions, 1998

[2] cf. Roger Lenglet & Olivier Vilain, Un pouvoir sous influence. Quand les think tanks confisquent la démocratie…, Armand Colin, Octobre 2011

[3] Communication durant le séminaire Adéquations : Les Think Tanks, source d’expertise ou influence ?, Assemblée nationale, Paris, 15/11/2011

[4] notamment s’ils sont reconnus « d’utilité publique »

Historique de la définition et de sa diffusion

Les premiers Think Tanks seraient nés aux Etats-Unis à l’issue de la guerre de sécession. Pourtant, pour Lenglet & Vilain « leur origine se confond avec le lobbying, né dans les années 1920s – 1930s avec des gens comme Edward Bernays [1], dont « l’’idée ou le principe était d’aller chercher les leaders d’opinion et de monter des tables rondes pour influencer secteur par secteur, faire parler des voix autorisées, des voix qui ont un crédit […] ou encore, selon la formule de Bernays, à savoir l’idée de convaincre les second handlers [littéralement, les secondes mains, ndlr] de la politique [2] ». Toutefois, il est davantage fait référence à l’influence des think tanks en France depuis les années 2000 et depuis le milieu des années 70 dans le monde anglo-saxon (Angleterre et États-Unis).

[1] voir son ouvrage : Edward Bernays, Propaganda, Horace Liveright, 1928, traduit en français par « Comment manipuler l’opinion en démocratie », Zones, 2007, avec une préface de Normand Baillargeon

[2] séminaire Adéquations, 15/11/2011, Op. cit.

Utilisations et citations

La banalisation comme l’institutionnalisation du recours aux think tanks est observable au nombre d’occurrences de citations qui leurs sont faites par le politique et le monde médiatique. La relation des élus aux think tanks est en effet moins culpabilisée par rapport aux agences de lobbying, dans la mesure où ces derniers gagnent en crédit, passent pour les « bons savants » voire le milieu de l’expertise. Cette dernière observation ouvre sur un autre champ de problématiques, ayant trait à l’éthique et à l’expertise indépendante voire citoyenne.

Pour aller plus loin

Plus de ressources avec la recherche Scrutari.

Autres références

Gustave le Bon, Psychologie des Foules (1895). Réédition : Paris, Presses Universitaires de France, Collection "Quadrige", 1988

Pierre Bourdieu, L’opinion publique n’existe pas, In Questions de sociologie, Ed. Minuit, 2002 (réédition).

Patrick Champagne, Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Paris, Éditions de Minuit, 1990.

Noam Chomsky & Edward Herman, La fabrication du consentement : de la propagande médiatique en démocratie, Éditions Agone 2008

Keith Dixon, Les évangélistes du Marché, Raisons d’Agir éditions, 1998

Edward L. Bernays, The Engineering of Consent, 1947 & Propaganda, Horace Liveright, 1928. Traduit en français sous le titre Propaganda, Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zones, 2007. Préface de Normand Baillargeon.

Roger Lenglet & Olivier Vilain, Un pouvoir sous influence. Quand les think tanks confisquent la démocratie…, Armand Colin, Octobre 2011.

Daniel Estulin, La verdadera historia del Club Bilderberg, Barcelona, Spain, Ediciones del Bronce, 2005 & Los secretos del club Bilderberg, Barcelona, Spain, Ediciones del Bronce, 2006.

Pierre Jaxel-Truer & Sophie Landrin, "Faut-il avoir son think tank pour gagner la présidentielle ?", Contre-enquête, Le Monde, 20 janvier 2011.

Xavier Carpentier-Tanguy, Think tanks : de l’espace et des cerveaux disponibles A l’approche de la présidentielle, les cercles de recherches et clubs de réflexion sont partout. Slate.fr : http://www.slate.fr/story/46205/thi...

Sophie Dufau, Enquête sur les think tanks : Alors que s’élaborent les programmes de la présidentielle 2012, comment fonctionnent ces clubs à idées politiques ? Dossier Mediapart : http://www.mediapart.fr/dossier/fra...

Séminaire Adéquations : Les Think Tanks, source d’expertise ou influence ?, Assemblée nationale, Paris, 15/11/2011

Sitographie :

Cartographie des think Tank français : http://www.trendeo.net/2009/05/04/c...

Fondation sciences citoyennes : http://sciencescitoyennes.org/

Fondation Copernic : http://www.fondation-copernic.org/

Forum Mondial Sciences et démocratie : http://fm-sciences.org

Observatoire français des Think Tanks (plus un instrument de promotion des Think tanks libéraux qu’un observatoire à vocation véritablement critique) : http://www.oftt.eu

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