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CONVERGENCE DES CRISES

La convergence des crises est une expression qui fait état de la multiplicité des crises sous différents plans :
-  Économique : diminution de l’activité et menace de récession ;
-  Financier : crise des subprimes, « crise de la dette » et crainte de défaut de paiement des États, risque d’implosion du système financier, etc.
-  Social : chômage de masse, précarisation, hausse des inégalités…
-  Alimentaire : émeutes de la faim, spéculation alimentaire ;
-  Écologique : changement climatique, insoutenabilité de notre mode de vie…
-  Énergétique : dépassement du pic pétrolier, raréfaction des énergies fossiles, surconsommation…
-  mais aussi une crise de confiance envers nos institutions et le politique en général, envers les médias, sur fond de risque de délitement des solidarités locales, etc.

C’est l’idée selon laquelle les crises, autrefois considérées comme des phénomènes conjoncturels et indépendants, sont non seulement en train de s’inscrire dans la durée, de coexister sur de multiples aspects (économique, financier, social, écologique, etc.) mais qu’elles participent de plus en plus les unes des autres et se rétro-alimentent. Face à cette convergence, les acteurs se doivent de formuler des solutions de plus en plus transversales. La convergence des crises appelle une réponse globale et concertée, face à une urgence non seulement collective, mais planétaire.

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Nils Solari, pour la COREDEM. 

Définition développée

Cette notion dresse par conséquent un constat alarmant de l’état du monde, où se conjuguent notamment dette écologique, « crise financière » et crise sociale. Mais ce constat constitue également un défi majeur pour la gouvernance mondiale. En effet, la prise en compte d’une convergence des crises est porteuse d’un renouveau des modes de pensées sur le développement de nos sociétés. Ainsi, à la convergence des crises correspond une nécessité de convergence quasi-holistique des approches et des recherches d’alternatives.

Utilisations et citations

Patrick Viveret suggère de « Faire un pas de côté [et] situer la crise écologique dans une crise systémique avec la conjonction de la crise financière et de la crise sociale ». Il affirme ainsi que « nous sommes rentrés dans une période où il va y avoir conjonction de la crise écologique, de la crise sociale et de la crise financière. Et la conjonction de ces différentes crises nous pose la question de la nature même des réponses à y apporter et de la capacité à apporter des réponses sources d’espérance. Parce que l’on voit bien comment la conjonction de crise peut être source de chaos et de régression, mais la grande question de l’aventure humaine, c’est justement […] comment on construit en même temps ce que j’aurai l’intention d’appeler du désir d’humanité, c’est-à-dire la possibilité que l’humanité utilise des défis qui mettent en jeu la possibilité même de la poursuite de sa propre aventure pour réaliser en même temps un saut qualitatif dans sa propre histoire » Et de conclure : « Edgar Morin nous le dirait s’il était parmi nous, c’est évidemment aussi une crise de nature civilisationnelle qui nous amène à la penser en terme anthropologiques et psychiques, plus que proprement économiques [1].

Jean-Claude Besson-Girard, directeur de la revue Entropia, identifie les « cinq crises majeures que rencontre l’humanité » (et dont le mythe de la croissance sans limite serait responsable) : « la crise énergétique, liée à l’épuisement et au renchérissement des ressources fossiles et au consumérisme exponentiel ; la crise climatique, parallèle à la réduction de la biodiversité, à la privatisation du vivant et des ressources naturelles ; la crise sociale, inhérente au mode capitaliste de production et de croissance, exacerbée par la mondialisation libérale génératrice d’exclusions au Nord et plus encore au Sud ; la crise culturelle des repères et des valeurs, dont les conséquences psychologiques et sociétales sont visibles en tout domaine ; la crise démographique enfin, qui, se choquant aux quatre précédentes, contribue à ajouter un paramètre complexe à ce qui constitue désormais une crise anthropologique sans précédent [2]

Selon Dominique Taddéi, « Presque tout le monde admet aujourd’hui, bien au-delà des seuls rangs altermondialistes, le caractère systémique de la crise contemporaine […] il existe désormais un assez large consensus pour ne pas se cantonner à l’économie et à reconnaître le caractère multidimensionnel de la crise contemporaine : celle-ci est, de façon de plus en plus évidente, tout à la fois économique et financière, sociale, écologique, politique et géopolitique, d’où une crise morale et des valeurs, conséquente à toutes les précédentes…. On finit ainsi par parler de crise globale ou de civilisation [3].

« (…) avec de tels enjeux globaux, les réponses ne peuvent être que globales », observe Bertrand Zuindeau, lorsqu’il commente la thèse de « l’effondrement » défendu par Jared Diamond [4]

Enfin, selon Yves Cochet, « La crise est une crise anthropologique (…) la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique » [5].

[1] Cf. L’enjeu de la sobriété heureuse, Intervention de Patrick Viveret (texte repris intégralement depuis son enregistrement audio), Nantes, 25/09/2008 : http://www.amisdelavie.org/spip.php...

[2] cf. La décroissance, un nouveau romantisme révolutionnaire, Jean-Claude Besson-Girard, directeur de la revue Entropia, interviewé par Laure Noualhat, Libération, 2/03/2007 : http://www.liberation.fr/week-end/0...

[3] cf. Dominique Taddéi, Le deuxième stade de la crise, CEDETIM, 10/10/2011 : http://www.reseau-ipam.org/spip.php...

[4] cf. Bertrand Zuindeau, « Jared Diamond, 2006, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Paris, Gallimard, Collection « NRF Essais ». », Développement durable et territoires, Lectures, Publications de 2006, mis en ligne le 11 octobre 2006, consulté le 22 novembre 2011. URL : http://developpementdurable.revues....

[5] cf.Yves Cochet, 14 octobre 2008, Assemblée nationale

Pour aller plus loin

Plus de ressources avec la recherche Scrutari.

Autres références

Geneviève Azam, Le temps du monde fini, vers l’après capitalisme, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2010.

Agnès Rousseaux, « Nous vivons plus qu’une convergence de crises, l’effondrement est déjà là », 13 septembre 2010, Interview pour Basta ! de Geneviève Azam : http://www.bastamag.net/article1174.html

Rahim Kanani, The Great Convergence of Crises : Can We Handle the 21st Century ?, HuffingtonPost, 21/10/2009 : http://www.huffingtonpost.com/rahim...

Villes en transition parle de Triple crise (énergie, climat, économie) http://villesentransition.net/trans...

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